Les déchets plastiques : Premier problème environnemental en Côte d’Ivoire

Selon des chercheurs américains, la terre est submergée par des milliards de tonnes de plastiques produites entre 1950 et 2015. Ici en Côte d’Ivoire, les déchets plastiques (sachets, bouteilles, microbeads* et autres composantes des produits d’entretien) envahissent littéralement notre quotidien et notre environnement. Il n’est pas rare de les observer dans les villes, les marchés, les zones rurales, les berges lagunaires et côtières) de notre pays qui se veut émergent à l’horizon 2020, soit dans environ 3 ans.

Des déchets plastiques qui devraient faire l’objet d’une évaluation

La Côte d’Ivoire utilise depuis les indépendances les composés organiques ou sacs plastiques sans  s’être jamais dotée de véritable politique de gestion des déchets générés par ce mode de production et de consommation. Les déchets plastiques et autres composés organiques observées en quantités impressionnantes sur le territoire ivoirien sont en passe de devenir le problème environnemental le plus important en Côte d’Ivoire. En effet, le pays dispose aujourd’hui d’un stock de sachets et bouteilles plastiques vieux de près de 60 ans et qui n’a jamais fait l’objet d’une véritable évaluation sur la nature des polluants qu’ils contiennent et sur leur distribution spatiale à l’échelle du pays.

Néanmoins, si l’on veut régler ce problème qui prend de l’ampleur quotidiennement, il est important de s’interroger sur les sources de ces déchets plastiques et leurs impacts sur les différents secteurs de l’économie de notre pays.

Nos plages sous la menace des sachets plastiques

Nos plages sous la menace des sachets plastiques

Une menace pour la biodiversité et la santé humaine…

Les déchets plastiques impactent négativement la biodiversité avec son apparition dans la chaine alimentaire des espèces animales qui sont menacées de disparition. Dans le domaine de la pêche, nous constatons aujourd’hui que les filets de nos braves pêcheurs contiennent plus de plastique que de poissons.

Pour ce qui concerne la santé humaine, la consommation d’espèces animales ayant ingéré du plastique provoque chez l’être humain des problèmes digestifs importants et est à l’origine de certains cancers selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

A propos du secteur du tourisme, déjà en crise, nos plages et nos berges sont littéralement envahies par les déchets plastiques qui les rendent impropres aux pratiques récréatives et de loisirs, faisant perdre ainsi à notre pays de nombreuses devises étrangères et des opportunités de création d’emplois pour les jeunes en particulier.

Avec pour corollaire les problèmes d’inondations

L’actualité récente nous oblige à consacrer une attention particulière aux impacts des déchets plastiques sur les infrastructures d’assainissement et de drainage. En effet, les pluies diluviennes  qui s’abattent ces derniers temps sur notre pays et son corollaire d’inondations aux conséquences impressionnantes  ont démontré à la face de la nation que les infrastructures de drainage étaient obstruées essentiellement par les déchets plastiques, entrainant par la même occasion, les inondations que nous observons tous les jours et qui ont mis fin à la vie de plusieurs dizaines d’Ivoiriens parmi les plus indigents.

La quantité impressionnante de bouteilles et de sachets plastiques usagés observés dans le bassin écréteur du carrefour de l’Indénié (un véritable océan de plastiques) illustre parfaitement l’ampleur du problème.

Les responsabilités sont partagées

Les déchets fabriqués et consommés en Côte d’Ivoire proviennent principalement d’un secteur industriel peu soucieux de la destination finale de leur production et surtout des dommages causés à l’environnement. Selon les chiffres fournis par ceux-ci (les industriels du secteur), ce sont « plus de 200 000 tonnes de sachets plastiques qui sont produits chaque année ». La responsabilité des producteurs et du gouvernement – jusque-là passif sur ce dossier ne doit pas occulter celle des ivoiriens et des ivoiriennes qui ont une attitude pour le moins surprenante  vis-à-vis des déchets plastiques. Sans se soucier de la portée de leurs gestes sur l’environnement, ils les jettent à tout va, aucune attitude de recyclage, etc….

Le gouvernement devrait observer une plus grande fermeté

Du côté du gouvernement, l’on observe une mesure qui peine à être appliquée : Environ trois mois après l’entrée en vigueur (8 novembre 2014) du décret n°2013-327 du 20 mai 2013 portant interdiction de la production, de l’importation, de la commercialisation, de la détention et de l’utilisation des sachets plastiques, ces déchets à la vie dure pullulent toujours nos rues. La sensibilisation a échoué, face à une  répression qui tarde à prendre forme. En effet, la mise en œuvre de cet instrument juridique apparaît totalement inefficace face à la détermination des producteurs de plastiques et la lassitude du gouvernement, si bien que les opérations de grands ménages annoncées à coup de campagnes médiatiques ont montré leurs limites face à l’ampleur du problème qui devrait être réglé à la source avec l’implication des autorités judiciaires.

Pas de mesures d’accompagnement concrètes et durables en vue d’entraîner un véritable changement de comportement

Si l’abandon de l’utilisation des sachets plastiques au Rwanda s’est opéré de manière radicale, fort malheureusement, la quasi-totalité des textes législatifs et réglementaires adoptés et en vigueur en Côte d’Ivoire sont confrontés à l’indiscipline des populations qui donnent envie de dire que « La Côte d’Ivoire, ce n’est pas le Rwanda ». Ajouté à cela, la corruption qui gangrène notre société, et constitue un frein à son développement durable. Mais si le Rwanda a réussi, pourquoi pas nous ?

Il est important que la Côte d’Ivoire se dote dès à présent d’une véritable politique de gestion des déchets plastiques en favorisant des investissements privés massifs sur les projets de recyclage, comme il en existe partout au monde, afin de juguler ce phénomène qui constitue non seulement un grave problème environnemental, mais surtout un frein au développement durable socio-économique du pays.

Sié Palé à Doropo


*Microbeads : Particules solides en plastiques de moins de cinq micromètres dans leur plus grande dimension

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