Le nouveau Directeur Exécutif du PNUE choisi Abidjan pour prendre le pouls de la situation environnementale en Afrique

A peine deux mois après sa prise de fonction en qualité de Directeur Exécutif du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), Monsieur Erik Solheim, par ailleurs Sous-Secrétaire Général des Nations Unies a choisi la ville d’Abidjan pour son premier déplacement en Afrique.

Ce choix revêt un aspect hautement symbolique, d’autant plus que la Côte d’Ivoire est un excellent cas d’école des problèmes environnementaux auxquels sont, ou peuvent être confrontés les pays africains. Du 24 au 31 août 2016, celui qui était jusqu’à récemment ministre de l’Environnement et de la coopération internationale norvégien a pu mesurer la situation environnementale du pays, à travers des sites emblématiques du pays. Le constat est pour le moins alarmant. Apprécions.

La Côte d’Ivoire a perdu 80 % de son couvert forestier

La Côte d’Ivoire a l’un des taux de déforestation les plus élevés en Afrique Subsaharienne. Selon le Ministère des Eaux et Forêts, en 50 ans, elle est passée de 16 millions d’hectares de forêts à moins de 2 millions d’hectares. Ce phénomène est lourd de conséquences sur l’environnement et les populations et provoque la perte de la biodiversité, l’aggravation des maladies et des catastrophes naturelles, la diminution de la ressource en eau, le réchauffement climatique, pour ne citer que ceux-là.

Une pollution atmosphérique galopante

A Abidjan, les gaz d’échappement des véhicules, en plus de menacer gravement la santé des populations, sont en grande partie responsables de la dégradation de la couche d’ozone. De nombreux ivoiriens victimes de maladies respiratoires, perdent la vie chaque année du fait de la pollution atmosphérique. Le dernier rapport de l’ONG suisse intitulé « Dirty Diesel » vient confirmer cette assertion. En effet, il ressort des investigations de cette organisation que la Côte d’Ivoire fait partie des 8 pays africains où est vendu du carburant de qualité inférieure, avec un taux très élevé en souffre. La combustion de ces carburants toxiques libère des quantités très importantes de particules fines, entraînant des maladies cardiovasculaires et diverses formes de cancer.

Urbanisation non contrôlée

En Côte d’Ivoire comme dans la plupart des pays en développement, l’on assiste à une urbanisation non contrôlée avec son corollaire d’installations anarchiques dans tout le district d’Abidjan. Selon les standards de l’ONU-Habitat, 90 % de la commune d’Abobo répondent aux critères de bidonville. 100 % pour Attécoubé, 80 % pour Adjamé, et 60 % en ce qui concerne Yopougon. Avec des conditions de vie particulièrement sordides des populations, et surtout des personnes vulnérables (femmes, enfants, vieillards). L’on peut affirmer sans se tromper qu’Abidjan s’est bidonvillisé au cours des 10 dernières années comme en atteste un rapport de la Banque Mondiale.

La lagune Ébrié : un dépotoir par excellence

Remblais anarchique à Koumassi Campement

Remblais anarchique à Koumassi Campement

Jadis fleuron de la beauté de la commune d’Abidjan, et même de la Côte d’Ivoire, ce plan d’eau lagunaire renferme à ce jour 1 million de m3 d’eau non traitée. Des déchets de tout genre : ménagers, chimiques, médicaux, pharmaceutiques, des effluents industriels y sont déversés tous les jours. Plus de place pour les poissons. ..
Le summum, c’est que certains individus procèdent au remblayage des bais lagunaires avec des ordures ménagères et gravats. Cet espace gagné sur la lagune est l’outil vendu au vu et au su de tous ! Un rapport des Nations Unies sur les conséquences environnementales de la crise en Côte d’Ivoire nous apprend que l’eau, les sédiments et les poissons de la lagune Ébrié contiennent des quantités anormalement élevées de métaux lourds tels que le plomb, le mercure et le caldnium, dont les impacts sur la santé humaine ne sont plus à démontrer. Il s’agit d’un véritable problème de santé publique, il faut tout simplement en interdire la consommation.

Les activités minières artisanales et illégales pratiquées dans toutes les régions du pays Il s’agit là d’un autre problème émergent qui s’amplifie de jour en jour, et auquel l’on n’accorde pas beaucoup d’attention. En effet, la prospérité économique récente de la Côte d’Ivoire a créé un appel d’air de nos frères de la sous-région qui, en toute légalité, au regard du principe de libre circulation des biens et des personnes dans l’espace CEDEAO – et dotés d’une longue culture dans le domaine de l’exploitation minière, viennent toujours par centaine en vue d’exploiter le sang de la terre d’Éburnie. Cette situation revêt des conséquences désastreuses à bien des égards. Ceci, tant au niveau environnemental, social, qu’au niveau de la cohésion nationale.

Concernant l’environnement, l’on note un phénomène de déforestation à grande échelle et une dégradation très prononcée des sols du fait même de la nature de l’activité en question. En outre, les produits utilisés tels que le mercure contaminent les cours d’eau environnants et provoquent une forte mortalité des ressources halieutiques et de la faune qui s’y trouve.

Au niveau social, les femmes abandonnent les activités champêtres – les enfants ne fréquent plus l’école – tout le monde se rend à la mine en espérant prendre le train de l’émergence à l’horizon 2020. Cela conduit à une baisse de la productivité agricole et donc un renchérissement des prix des denrées alimentaires sur les marchés, sans oublier un phénomène de déscolarisation et d’échec scolaire qui compromet le remplacement des générations éduquées.
Au niveau de la cohésion nationale, les rixes et confrontations entre les mineurs venus de l’autre côté de la Comoé et du Cavally et les populations locales sont récurrentes sur toute l’étendue du territoire national.

Il convient d’indiquer que les sites miniers artisanaux sont le théâtre de véritables fléaux sociaux où règnent l’insécurité, la criminalité, la prostitution, et la pédophilie. De même, s’il faut reconnaître que certains efforts ont été initiés par les autorités (12 mines artisanales ont été fermées), le phénomène persiste à grande échelle avec la complicité manifeste des chefs traditionnels qui accueillent les clandestins à bras ouverts souvent en échange d’une bouteille de liqueur.

Une visite qui arrive à point nommé

La visite symbolique du Directeur Exécutif du PNUE qui n’est pas un bailleur de fonds, il faut le rappeler, devrait tirer la sonnette d’alarme afin qu’enfin, des mesures rigoureuses soient prises et exécutées pour juguler les problèmes environnementaux recensés ci-dessus, et permettre aux Ivoiriens et aux Ivoiriennes de jouir de conditions de vie décentes garanties par la constitution ivoirienne (du 1er août 2000) en son article 19.

Bienvenue en Côte d’Ivoire Monsieur le Directeur Exécutif du PNUE !

Sié Palé à Doropo

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