Insalubrité en Côte d’Ivoire : Face aux grands défis de l’opération « Grand Ménage »

Grand Ménage – Engagement national. Tous engagés – Tous concernés. Telles sont les 4 pierres angulaires de l’initiative lancée par le Ministre en charge de l’Environnement le jeudi 23 février en vue de lutter contre l’insalubrité urbaine et les autres problèmes environnementaux auxquels est confrontée la Côte d’Ivoire. Ce fut l’occasion pour la Ministre d’annoncer une série de mesures dont « l’opération Grand Ménage » et des investissements à réaliser par le gouvernement afin que notre pays retrouve son lustre d’antan. Ainsi, il a été décidé que dorénavant, le premier samedi de chaque mois, les Ivoiriens nettoieraient et procéderaient à la collecte d’ordures dans leur environnement immédiat. L’objectif général de cette rencontre était de susciter l’adhésion de l’ensemble des couches de la Société ivoirienne à l’opération Grand Ménage. Tous et toutes (religieux, ouvriers, hommes politiques, Première Dame, artistes…) s’y sont engagés!

Une opération dont la grandeur annoncée rivalise avec les obstacles à surmonter

L’initiative est louable à bien des égards tant l’insalubrité dans toutes les grandes villes du pays est inquiétante et affecte dangereusement tous les jours la santé des Ivoiriens. Cependant, au delà des feux d’artifice et des flonflons de cette cérémonie rehaussée par la présence de la Première Dame de Côte d’Ivoire, il faut se rendre à l’évidence: cette opération est vouée à l’échec pour les raisons suivantes :

Premièrement, le diagnostic environnemental est mal posé. Ainsi, les mesures proposées ne permettront pas de venir à bout de ce phénomène qui a gangréné et défiguré notre pays depuis bientôt prés de 20 ans.

Deuxièmement, l’incivisme des Ivoiriens a atteint un tel niveau qu’on a l’impression que cela fait partie de notre ADN. Nous savons tous que ce n’est pas le Grand Ménage qui empêchera les Ivoiriens d’uriner et de déféquer dans la rue. Le sens de la responsabilité inhérent à chaque pays civilisé qui aspire au développent et à l’émergence est quasi absent chez nos compatriotes et chez certains de nos amis qui nous font l’amitié de vivre chez nous. La miction et la défécation sont devenues des sports nationaux.

Troisièmement, la problématique environnementale en Côte d’Ivoire va bien au-delà des questions de salubrité qui, même si elles sont importantes, n’en demeurent pas moins un seul élément de l’équation.

Les problèmes environnementaux en Côte d’Ivoire aujourd’hui affectent notre intégrité, notre santé au quotidien. Les statistiques de l’UN-HABITAT indiquent que près de 75 % des quartiers de la ville d’Abidjan (Adjamé, Attiekoubé, Abobo, Williamsville, Koumassi) sont classés comme bidonville tant les services d’assainissement de base sont dépassés ou inexistants. Il existe des zones comme Koumassi Campement, où nos populations vivent littéralement au milieu de leurs excréments et mictions. Les niveaux de pollution dans les écosystèmes aquatiques, dans l’atmosphère et dans les sols sont responsables de nombreuses pathologies qui réduisent chaque jour, chaque mois et chaque année notre espérance de vie de plusieurs heures. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) l’espérance de vie en Côte d’Ivoire à la naissance homme/femme de 2015 à ce jour est seulement de 52/54 ans. Des données qui nous interpellent tous !

(Koumassi Campement : Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration)

(Koumassi Campement : Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration)

Il est donc fondamental de résoudre le problème de façon intégrée en nous basant sur la nécessité de mettre la santé et l’intégrité de nos compatriotes au centre de toutes les initiatives de gestion durable de l’environnement.

Quatrièmement, 16, 5 milliards FCFA seront consacrés à la collecte des ordures en 2017 alors que les besoins sont estimés à plus du double pour parvenir à un cadre de vie sain dans nos grandes agglomérations, afin de permettre un épanouissement harmonieux de l’Ivoirien Nouveau, en bonne santé. Le dernier rapport de l’OMS publié en mars 2017 est alarmant : son contenu révèle que la pollution atmosphérique entraîne la mort de 1,7 million d’enfants chaque année dans le monde.

Cinquièmement, l’opération Grand Ménage est synonyme de fragmentation de la gestion environnementale qui opère de façon isolée sans tenir compte des autres enjeux du développement, tels qu’indiqués dans les 17 Objectifs du Développement Durable (ODD) auxquels notre pays a pleinement adhéré.

Il est important de voir la crise environnementale qui secoue notre pays comme une opportunité, notamment en matière de création d’emplois verts dans le domaine, non seulement de la collecte, du tri, du recyclage et de la valorisation des déchets,  mais aussi, de la foresterie, à travers les plantations d’arbres, la création de pépinières, la promotion d’énergie renouvelable. Notons également le tourisme durable qui favoriserait le recrutement et la formation d’éco guides, l’agriculture durable qui permettrait la création de pépinières et le lancement d’un vaste sentier de reforestation dans la zone septentrionale pourrait lutter contre le réchauffement climatique. Sans oublier le développement industriel durable grâce auquel nous aurions le développement d’une politique de développement industriel durable en tenant compte de l’aspect environnemental.

Sixièmement, l’unilatéralité de l’opération Grand Ménage qui ne tient pas compte des politiques en matière de salubrité dans les pays environnants est une insuffisance préoccupante. De notre point de vue, il est important d’impliquer les pays de la sous région dans une telle initiative si l’on veut augmenter ses chances de succès. En effet, l’exemple du décret d’interdiction de sacs plastiques qui a connu un échec retentissant est édifiant. On ne peut pas interdire les sacs plastics en Côte d’Ivoire s’ils sont tolérés au Ghana ou au Libéria.

Pour conclure, nous en appelons à des états généraux de l’environnement, et si vous voulez, aux grenelles de l’environnement, version ivoirienne, qui permettraient de poser de bons diagnostics concernant la grave crise environnementale qui secoue la Côte d’Ivoire et de mettre en œuvre avec tous les acteurs pertinents, les mesures idoines. C’est à ce prix que notre pays redeviendra ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, c’est-à-dire un pays où l’environnement et la qualité du cadre de vie permettent à tout un chacun de vivre longtemps en bonne santé et de contribuer activement au développement socio-économique de notre pays.

Sie Pale à Doropo

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